mercredi 29 mai 2013

La connerie pour tous

La manifestation du 26 mai dernier était une épouvantable connerie. On ne m'y reprendra plus.
La "sécurité" omniprésente faisait régner une discipline absolument honteuse. On se serait crus dans une sortie d'école primaire. A tout prendre, je préfère de loin m'affronter à une police butée et fermée plutôt qu'à ces jeunes connards souriants de la sécurité, qui sautaient sur la moindre banderole non référencée pour la déchirer. Pourtant, on avait prévu des slogans plutôt amusants : "ON N'EST PAS DES PEDES", et surtout : "UN HOMO UN TROU DE BALLE, DEUX HOMOS UNE RAFALE !". Ce dernier n'a tenu que trois secondes et demie...
Une petite troupe de manifestants fanatiques dévoila une grande photographie de Dominique Venner, ce qui est quand même la moindre des choses quand on veut montrer sa détermination à combattre les pédés. Dix membres de la sécu sautèrent soudain sur la photo pour la déchirer. Les fanatiques contre les manichéens : voilà le grand combat d'aujourd'hui.
Une manif UMP : voilà ce que c'était. La radicalité, on n'en veut pas ! Dehors, Civitas ! Dehors, les Identitaires ! Dehors, les skinheads ! Dehors, les révolutionnaires, les artistes, les guerriers ! Dehors, les Eurasistes !
Il était normal que ces milliers d'éclopés finissent leur marche aux Invalides.



Mais laissons la parole à notre confrère parousien Kokopelli.
"Hier dimanche 26 mai 2013, s'est tenu à Paris un grand rassemblement précédé de processions en foules manifestantes, contre une loi adoptée par le Parlement français autorisant le mariage entre personnes de même sexe. Foule il y avait en effet, tout ce qu'il y a de plus foule.

Vers midi, sans rien encore avoir à faire avec cette manifestation, nous passions aux Invalides, où nous avons assisté à un défilé de cars de CRS annonçant les festivités. Mais nous avons surtout vu l'immense attirail vidéo-médiatique qui se mettait en place : des sonos et écrans géants s'installaient sur les esplanades. La première impression qui frappe l'esprit, c'est l'énorme puissance de moyens qui a été déployée pour encadrer, médiatiser, uniformiser cette manifestation. Pour défendre le mariage naturel, civilisationnel, millénaire, a-t-on besoin de d'écrans géants et de sonorisations époustouflantes postés sur une esplanade parisienne ? Ce qui intrigue dès le départ le témoin dubitatif un brin suspicieux, c'est encore et toujours la question du nerf de la guerre : l'argent. D'où est venu tout cet argent ? Car rien ne se fait sans rien, et les milliers et milliers de drapeaux, d'affiches, de matériels, de voitures de cortège, etc. ont couté très cher, dans ce monde où tout coûte cher.

Bien rodé, c'est le mot : cette troisième grande manif contre le mariage homosexuel est particulièrement bien rodée, tellement bien qu'elle est vidée de tout contenu profond, sérieux. Rejoignant dans l'après-midi un des cortèges, ne serait-ce que pour voir ce que cette manif donne, nous tombons sur la place Saint-Germain où nous sommes accueillis par une foule bariolée de bleu gnagnan et de rose pédé, le tout aseptisé dans des drapeaux fadasses, ainsi que par une musique de gay pride (genre techno, on y entendit par exemple des chansons de Daft Punk, mais aussi de la musique encore plus médiocre). La contradiction dans l'attitude est la plus commune des stupidités et le plus grave des péchés.

Des jeunes bobos de droite, déguisés en gavroches ridicules, singeaient la francité hugolienne à grandes gesticulations en bretelles, à se faire retourner dans sa tombe le pauvre barbu romantique. Des familles en K-Way pastel, des pères accoutrés de grands drapeaux de la manif, beaucoup de jeunes blancs qui se croient enfin permis d'affirmer leur patriotisme sans affirmation d'aucune patrie (il s'agit de contester une loi et rien d'autre, aucune autre revendication ne s'exprimera) forment le gros des troupes. Des vieux défendent le reste d'une civilisation dans laquelle ils croyaient ou pensaient croire alors qu'elle a périclité depuis longtemps (un peu tard pour réagir les viocs). Des drapeaux tricolores accompagnent en foule le drapeau inepte de la Manif pour tous, alors que le républicanisme tricolore est à la source même de l'égalitarisme homosexuel. Des jeunes filles à la voix d'étudiante attardée beuglent maladroitement des harangues simplistes et vides, comme il se doit dans toute manif monstre normalisée par une organisation efficace. De vieilles bourgeoises parisiennes se montrent aux balcons avec leurs petits enfants, avec leurs broches et leurs bagouses, pour un joli dandinement d'approbation devant cette UMP-Pride.

Arrêtons nous deux secondes sur ce titre de « Manif pour tous ». Déjà, c'est une « manif » et pas une « manifestation », on a apocopé le mot pour faire plus djeuns et plus moderne. Histoire de bien montrer que c'est pour une vraie modernité qu'on manifeste. L'abréviation branchée, publicitaire, régressive, comme d'hab' quoi. Ensuite, elle est « pour tous », autrement dit pour personne et pour tout le monde, pour tout et pour rien. Le thème est tellement clair qu'il n'y a pas de thème, pas de mot d'ordre réel. On ne parvient pas à affirmer l'opposition, ce ne doit surtout pas être une manif « contre » quelque chose (de précis), ça serait beaucoup trop négatif, non non, c'est une manif « pour » (rien). Et comme on sait pas quoi mettre et qu'il ne faut surtout pas restreindre le champ de ce qui est revendiqué, de peur d'être taxé de racisme, de fondamentalisme, d'intégrisme et d'antidémocratisme, il faut dire le mot magique, « pour tous ». La reprise du titre de la loi « Mariage pour tous », qui aurait dû être ironique et grinçante, inversive et subversive, devient un mot d'ordre sérieusement démocratique, reprenant la vogue sociale des « maisons pour tous », instituts pour la mièvrerie infantile et autre garderies décérébrées. À vrai dire, la Manif pour tous est le miroir du Mariage pour tous. Remarquez comme les lettres sont presque toutes conservées, c'est une variation assez bien dupliquée : les mots révèlent la réalité. Reprendre un slogan, se l'approprier autant, à travers des milliers de drapeaux, d'étendards et d'affiches, c'est montrer qu'il exprime l'essence même de la pensée commune, l'esprit qui meut cette foule.
Tout cela ne serait encore rien de très grave si « tous » pouvaient véritablement participer à cette « manif ». Ce n'est évidemment pas le cas, un service d'ordre maintenant une uniformité digne d'une manifestation syndicale. Une liste restreinte de drapeaux indique lesquels peuvent être brandis dans les cortèges. Seuls les drapeaux nationaux et régionaux seront permis, même s'ils ne veulent rien dire dans un tel contexte, les pays n'étant plus aujourd'hui porteurs de valeurs morales et sociales comme la famille traditionnelle. Un demeuré eut l'infâme insolence d'arborer le drapeau états-unien, en plein milieu du cortège, alors que c'est de ce pays qu'est venu le communautarisme gay qui a imposé la loi sur le mariage homosexuel en France. Évidemment, on n'est alors pas surpris de voir surgir, certes rare, le drapeau arc-en-ciel. Pas question de voir des identitaires ou des radicaux, des mouvements religieux participer à de tels cortèges : la manif doit rester « pour tous », c'est à dire strictement pour personne de sérieux, de consistant, de profond. Il n'y a plus de peuple, plus de civilisation, plus de valeurs, plus d'esprit : règne la médiocrité d'un simple modèle familial au comble de la mièvrerie conformiste sur lequel on s'accroche inutilement et stupidement. L'évidence saute aux yeux : s'accrocher stupidement à quelque chose c'est le meilleur moyen de rendre cette chose stupide, quelle qu'elle soit. Modérons notre philippique par une brève et unique note positive, le slogan « Hollande occupe toi du chômage, pas du mariage », plutôt pertinent. Mais restons d'accord sur le fait que ça ne modère pas des masses.
Rappelons que le deuxième mot d'ordre de la manif pour tous est « tous contre l'homophobie ». D'une urgence absolue lorsqu'on veut renverser une loi sociétale favorable aux homosexuels. Quelques curés en soutane se perdent mélancoliquement dans la foule, la religion faut pas trop qu'elle la ramène, Barjot l'a déjà bien discréditée. Frigide Barjot, parlons-en. La catho branchée qui veut se faire prendre avec les doigts (voir ses anciens clips sur Youtube...) : la star de la manif, vieille peau qui se cherche un rôle dans la société, occupe les plateaux télé pendant que ses ouailles défilent en bas dans la rue, tels des troupeaux meuglants.

Foulocratie et staritude, gros moyens très suspects, conformisme étroit, absence de fond civilisationnel et spirituel, voilà comment on peut résumer la réalité cette manif, qui pour être inutile, aurait pu au moins dégonder les ressorts de l'uniformité rance de la droite politicarde et laisser s'exprimer une diversité multipolaire d'énergies profondes, au lieu de faire régner un climat de mièvrerie minimaliste et superficielle. Souvenons-nous en pour l'avenir : la foule c'est la régression. Si ce n'est pas à la sauvagerie, c'est à la bêtise. La connerie pour tous."

Kokopelli

mercredi 15 mai 2013

L’ECURIE REPUBLICAINE


Il arrive que la ville de Paris soit au centre de quelques terribles prodromes de la Révolution Spirituelle des Temps de la Fin.
C’était le cas le 23 novembre dernier. Après l’absoute de toute beauté de la tombe de Jean Parvulesco placée sous l’égide de Notre-Dame des Armées, une certaine plate-forme insurrectionnelle de contre-subversion géopolitique totale fut instaurée au premier étage de la brasserie « Chez Jenny », située en l'un des endroits les plus négativement chargés de Paris : l'ancienne porte du Temple, laquelle menait jadis à l'enclos hors-les-murs des Templiers, et aujourd’hui ignominieusement souillée par un monument dressé à la gloire putrescente de la République. Cette brasserie, véritable égrégore pour ceux qui en connaissent les arcanes historiques, a ainsi été ce jour-là le cadre d’une offensive théologique sans retour contre l’Occident.


D’autres contre-feux vont à nouveau s’allumer durant le week-end prochain. Après l’évocation par Alexandr Dugin et Constantin Parvulesco du rôle politico-eschatologique que doit aujourd’hui remplir le chrétien dans la cité, le métaphysicien russe sera le lendemain aux côtés d’Alain de Benoist et de moi-même pour évoquer certaines notions fondamentales de l’Eurasisme. Ce dernier événement se passera dans le sixième arrondissement de Paris, c’est-à-dire en plein territoire ennemi.





Le dimanche 26 mai, il paraît qu’une énorme manifestation est prévue pour lutter contre le mariage des pédés.
Cela sera une manifestation merveilleusement inutile, puisque le texte de loi est passé. Mais le sentiment de l’inutilité radicale de toute action doit justement constituer le tréfonds mental du révolutionnaire des derniers temps, car c’est le moteur du Désespoir, et lui seul, qui permettra de déchirer l’Ennemi – cet Ennemi Eternel, provisoirement incarné en 2013 par l’abjection crasseuse, luciférienne et bestiale du sourire de Moscovici.



Le 23 mars 1885, Léon Bloy publiait en première page du PAL son texte « La République des Vaincus ». Permettez-moi d’en citer quelques paragraphes :

"Elle a quinze ans aujourd’hui, notre République, et elle a l’air d’avoir quinze siècles.
Elle paraît plus vieille que les Pyramides, cette pubère sans virginité, tombée du vagin sanglant de la Trahison.
La décrépitude originelle de cette bâtarde de tous les lâches est à faire vomir l’univers. Jézabel de lupanar, fardée d’immondices, monstrueusement engraissée de fornications, toute bestialité de goujat s’est assouvie dans ses bras et elle ressemble à quelque très antique Luxure qu’on aurait peinte sur la muraille d’un hypogée.
[…]
Mais la débâcle de 1870 ne fut qu’une démonstration expérimentale de notre inguérissable sanie.
- Tu es pourrie, ma chère fille, avait dit une voix maternelle, et la première patte bestiale qui s’est avancée contre la reine des nations l’a rendue fluente comme le cadavre de ce vieux sodomite empoisonné par son vice que je vis un jour porter en terre et qui déferlait sinistrement dans sa bière, avec un clapotis de futaille secouée et d’irrévélables suintements noirs !... 
Au fait, ne sommes-nous pas tous devenus des sodomites, à l’heure présente ? de fervents et convaincus enfants de Sodome ? Interrogez Catulle Mendès, M. Mermeix, le giflé au bureau restant du journal la France, et les autres moralistes bien informés.
Dix à l’Académie française, cinquante au moins au Sénat, quatre cent soixante-dix-sept à la Chambre des Députés, trente-neuf au Conseil municipal, presque toute la Magistrature, le Notariat, l’Enregistrement, la Finance, la Presse, le Commerce, l’Armée de terre et de mer et l’innombrable cohue administrative.
Si mes chiffres étonnaient par trop les optimistes et qu’il devînt absolument nécessaire de les justifier, je livrerais les noms sur trois colonnes : Actifs, Passifs et Cumulards.
Je pourrais nommer un chef de service d’une de nos grandes Compagnies de chemins de fer, qui n’admet dans ses bureaux que des employés de la plus docile humeur et qui est arrivé ainsi à la création du plus invraisemblable et du plus joyeux de tous les haras.
[…]
Et le peuple de Paris, cet immense vivier où se jouent dans de vertes vagues, les Mielle, les Gamahut, les Soulier et la multitude anonyme de leurs congénères, dont les quatre-vingt-dix-neuf centièmes, pour le moins, échapperont toujours à la nasse impuissante de la police ?
Et les infinies inscriptions murales ? Et l’impossibilité imminente d’entrer dans un urinoir public ? C’est à se demander par quel miracle il se fait encore des enfants.
D’innombrables mains curieuses et moitement hésitantes errent continuellement dans Paris, l’air en est rempli et c’est à peine si l’on parvient à dérober toute sa personne à leurs suggestifs palpements.
[…]
Veut-on un bilan, un léger fusain de bilan social ?
Voici :
Deux ou trois millions d’ouvriers sans travail et sans pain et la guerre des mercenaires à courte échéance ;
A peu près autant de prostituées par désespoir ou par vocation, mettons deux millions d’inassouvissables vulves sur l’Aventin, pieuvre infinie et toujours pullulante qui menace de soutirer toute la production opportuniste ;
Les possesseurs de la terre et les capitalistes, retranchés, barricadés dans la forteresse du plus immonde et du plus inexorable égoïsme ;
La jeunesse écartée de tout, reléguée au plus loin du râtelier, dans l’écurie républicaine, et forcée de pâturer la litière des rosses antiques attelées au tapecul d’une civilisation qui méprise sa vigueur ;
Les enfants élevés dans la générale crainte de ne point arriver au maréchalat du maquerellage ou de la prostitution ;
La seringue Pravas, démesurément grandissante et déjà pareille au Béhemot dévorateur de la fin des fins, planant sur les femmes dont elle devient l’Idole sans rivales, l’Idole unique et très chère, eucharistiquement adorée !
Au fronton, une mixture présidentielle d’Harpagon et de Prudhomme curulaire, pagode occidentale, vespasiennement accroupie sur des excréments d’or.
A ses pieds, l’indicible fripouille gouvernante des voleurs, des faussaires, des agioteurs, des saltimbanques et des inexpugnables crétins par lesquels M. de Bismarck est l’empereur des Français ;
Au-dessous, la colonnade phallique des fonctionnaires publics, innombrables complices résignés de cette architecture de dégoûtation ;
Plus bas, s’il est possible, le mur de soutènement du Clergé, masse étonnamment friable de médiocrité, de bassesse, de lâcheté ou d’infamie, rendue moins consistante encore par le mélange de quelques rares silex de vertu ;
Enfin, dominant tout, flottant dans l’azur, claquant dans les vents, les torcheculatives oriflammes de la littérature contemporaine.
Tel est, en aussi peu de mots que possible, le véridique bilan de la société française en l’an quinzième de la République des Vaincus. "


Aussi, je vous demande d'être également des nôtres ce dimanche à Paris, pour cette marche qui sera, non pas une manif contre le mariage gay, mais l'étape dada-bloyenne d'un combat métaphysique contre l'Ecurie Républicaine.